Du haut de leur chaise haute, certains bébés n’hésitent pas à fermer la bouche, détourner la tête, pousser l’assiette, jeter leur cuillère ou tout simplement à dire non au moment de manger de nouveaux aliments. Cette réticence ou ce rejet peut être l’expression d’une néophobie alimentaire, un réflexe de protection qui se manifeste habituellement autour de 18 mois.
Comment détecter la néophobie alimentaire ?
La néophobie alimentaire est surtout fréquente chez les 2-10 ans. Avant 18 mois, on parlera plutôt de réticence ou de méfiance. En même temps, mettez-vous à la place de votre enfant : un topinambour ça peut paraitre suspect la première fois ! Blague à part, la peur de manger de nouveaux aliments peut rendre le quotidien un peu compliqué. Il s’agit donc de mieux comprendre ce phénomène de néophobie alimentaire et de trouver des solutions pour que bébé soit bien dans son assiette !
« En France 75% des enfants de 2 à 8 ans présentent des comportements de néophobies (refus de goûter certains aliments, d’essayer de nouveaux mets ou même refus d’aliments qu’ils appréciaient jusque-là)¹ »
Faire la distinction entre un enfant souffrant de néophobie et un enfant difficile ou hyper sélectif, n’est pas pour autant évident. D’après le Centre de Ressources et d’Informations Nutritionnelles, ce qui doit attirer votre attention, c’est si le rejet intervient avant même que l’enfant ne porte l’aliment à la bouche. S’il exprime son refus par anticipation à la simple vue d’un légume ou en sentant son odeur alors il peut s’agir de néophobie. L’autre signe souvent évoqué, c’est le fait de tripatouiller les aliments pendant de très longues minutes avant de les mettre à la bouche. L’enfant les regarde, il les touche, il les écrabouille, il les déplace d’un côté et de l’autre de son assiette… (Ce qui a tendance à vous faire perdre patience). Bref ! Il gagne du temps pour ne pas avoir à se lancer. Si ce comportement revient à chaque fois que vous lui proposez une nouvelle expérience culinaire alors il s’agit là aussi peut-être de néophobie.
Est-ce que certains aliments sont particulièrement effrayants pour les enfants ?
Non ! En réalité, ce qui inquiète les bébés qui présentent des comportements de néophobie alimentaire c'est souvent l’effet nouveauté. Leur inquiétude aura alors tendance à grandir face à la découverte d’un aliment nouveau et même parfois face à une recette inédite. Prenons l’exemple des carottes : entre leur version crues et entières avec ou sans fanes, une purée, un gratin, une soupe ou des carottes vichy, elles n’auront clairement jamais la même tête. Ce qui est « nouveau » pour votre enfant, c’est donc souvent ce qu’il ne reconnait pas ! (et donc pas seulement ce qu’il ne connait pas). Il est donc essentiel de lui annoncer la couleur en présentant le plat avant de lui apporter (comme on le fait dans les grands restaurants !).
Que faire si mon enfant bloque sur un aliment ?
Quand un enfant refuse catégoriquement un aliment, ce n’est pas toujours pour le plaisir de dire non, c’est peut-être aussi tout simplement parce qu’il ne l’aime pas ou parce qu’il a développé une forme de peur : la néophobie alimentaire. Il est donc important, en tant que parents, d’essayer de lire entre les lignes, pour comprendre ce qu’il se passe vraiment. Si c’est une histoire de goût, cela ne signifie pas pour autant qu’il faut rayer l’aliment de sa vie ! Au contraire, tout l’enjeu sera justement de lui reproposer de temps en temps, pourquoi pas sous une autre forme, une autre texture ou dans une autre recette. Si c’est la peur qui bloque l’enfant alors il faudra prendre le temps de dédramatiser la situation en lui montrant que vous aussi, vous mangez des brocolis et que tout se passe bien pour vous. Avec l’âge, non seulement les goûts changent mais il y a en plus le facteur sociabilisation qui entre en jeu ! Goûter des brocolis à la crèche ou à la cantine avec ses copains, ça n’a rien à voir avec l’expérience vécue à la maison. Si l’influence des camarades porte ses fruits cela signifie également que votre propre comportement ou celui des autres membres de la fratrie peut aussi avoir une incidence. En matière d’alimentation, le mimétisme et l’exemplarité peuvent ainsi vous faciliter la vie.
Comment faire manger et apprécier les fruits et légumes ?
Même s’il ne le dit pas, votre petit dernier est comme vous, il aime avoir le choix ! Le fait d’avoir une corbeille de fruits à la maison ou de lui montrer des légumes va déjà orienter son envie du moment. Plus les enfants apprennent tôt à connaitre et à reconnaitre ce qu’il mange – en nommant les fruits et les légumes, en les touchant, en les sentant, en les goutant, et en les cuisinant – plus ils auront tendance à avoir envie de les manger. La connaissance des fruits et des légumes fait donc elle aussi partie des solutions pour atténuer la néophobie alimentaire d’un enfant. Quoi qu’il en soit, gardez toujours en tête que chaque enfant est différent et qu’il faut continuer à proposer, à reproposer encore et encore les fruits et légumes. Ne perdez pas patience, la curiosité alimentaire c’est pour la vie !
Peut-on prévenir la néophobie alimentaire ?
D’après certaines études², plus un enfant serait exposé précocement à une importante diversité d’odeurs et de saveurs, moins il aurait de réticences alimentaires. Cette acceptation pourrait même débuter in utéro ou pendant l’allaitement : autrement dit, une alimentation variée et équilibrée pendant la grossesse³ et les premiers mois suivant l’accouchement contribuerait à faire de bébé un petit aventurier du goût ! De la même manière, profitez des premiers mois de la diversification alimentaire pour lui faire découvrir un maximum de saveurs (en veillant bien sûr à lui proposer les aliments un par un). Tant qu’il est motivé et partant, vous pourrez alors enrichir sa palette d’odeurs, de goûts et de textures nouvelles !
¹Duchesse Kids, interview de Sophie Nicklaus, Directrice de Recherches à l’ INRAE, Centre des Sciences du Goût et de l’Alimentation de Dijon.
²NICKLAUS, S. & MONNERY-PATRIS, S. Comment la néophobie alimentaire affecte-t-elle l’alimentation de l’enfant ? Origine, développement et conséquences pratiques pour les parents et les éducateurs. Cahiers de nutrition et de diététique, 2024, doi: 10.1016/j.cnd.2023.12.003.
³Schaal B, Marlier L, Soussignan R. Human foetuses learn odours from their pregnant mother’s diet. Chem Senses 2000;25:729-37